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La clinique du Syndrome de Déficience Posturale
de Martins da Cunha
Dr Gabriel ÉLIE
Les multifacettes subjectives de la déficience
posturale
Nous sommes pour la plupart en asymétrie:
Résultat de notre constitution, de nos habitudes, de notre mode de vie. Mais
nous compensons cette prévalence unilatérale et nous n'avons pas de troubles. Il
n'en est pas de même pour d'autres. En effet, chacun a une résistance variable.
Cette résistance personnelle peut aussi être mise en échec si elle est
confrontée à la fatigue ou autres circonstances variées: conditions de vie, de
travail, traumatismes, etc... La déficience
posturale se traduit alors par une grande variété de troubles fonctionnels.
Malgré tout, certains sont plus fréquents. Nous allons donc les énumérer, sans
avoir la prétention de tous les nommer. Ils peuvent survenir à tout âge et ils
sont soignables à tout âge.
Troubles du système musculaire:
Fatigue permanente. Difficulté à faire certains mouvements articulaires ou
des membres, hyperalgie de l'épaule. Rétrognatisme mandibulaire, spasme des
ptérygoïdiens. Douleurs musculaires. Torticolis, cervicalgie, rachialgie,
sciatalgie, douleur lombaire ou inguinale, douleur thoracique ou abdominale sans
lésion organique simulant une urgence médicale. Dyspareunies. Bourdonnements
d'oreille. Parésies, paresthésies.
Troubles du système vasomoteur:
Pâleur de la peau, Syndrome de Raynaud (fig.7),
pincement entre la pression artérielle maxima et minima, céphalées,
migraines.

FIG.7- Syndrome de Raynaud: vasoconstriction momentanée de la circulation
digitale.
Troubles de la somatognosie et de l'orientation spatiale:
Imprécision des mouvements, dysmétrie, morsure
de la langue ou de l'intérieur de la joue. Chutes inexplicables, entorses à
répétition. Troubles de la conduite automobile. Déficience de la convergence
oculaire, exotropie de près, instabilité de l'amétropie.
Troubles du psychisme:
Agoraphobie. Stratégie d'hyper ou
d'hypoactivité. Réveils fatigués. Déficit de la concentration. Dépression avec
un accompagnement d'autres signes proprioceptifs, mais résistant aux traitements
médicamenteux et disparaissant à la reprogrammation posturale.
Troubles de la perception:
Déformation de l'image visuelle, diplopie
monoculaire, scotomisation. Déficit de la perception auditive: Ces personnes
écoutent sans comprendre. Dyslexie.
Troubles de l'équilibre:
Infirmité à la marche, vertiges,
déséquilibre.
Troubles du système vagal:
Nausées, vomissement, sudation froide des
membres.
*Chez les enfants, les troubles
plus fréquents sont la dyslexie (voir l'article compagnon), dysgraphie,
dysorthographie, le déficit d'apprentissage, la perte de concentration., Les
épigastralgies, chutes fréquentes, choc contre les objets. La surdité de
perception. Devant ce nombre important de
manifestations d'un déficit postural, on en viendrait vite à penser que beaucoup
de plaintes de malades peuvent venir de là. Il ne faudrait surtout pas s'y
tromper. Il faut avoir la hantise d'une autre cause organique. Une cause
proprioceptive ne doit être évoquée que lorsque tout autre cause a été écartée
par les examens appropriés.
L'unique facette objective de la déficience
posturale
L'un des caractères du syndrome de déficience
posturale (SDP) est que les examens complémentaires, imagerie de toutes sortes,
épreuve de Barany, analyses biologiques s'avèrent négatifs. Les traitements
d'épreuve aux anti-inflammatoires, tranquillisants, somnifères n'apportent que
peu ou rien. Une fois la cause organique éliminée, on peut penser à une origine
fonctionnelle de déficience de la proprioception.
L'examen clinique va alors montrer une
remarquable similitude dans les signes objectifs observés. Et ce, malgré la
grande variété des traductions fonctionnelles décrites plus
haut. En fait, presque tous les signes
cliniques que nous allons observer mettent en évidence la mauvaise
interprétation posturale du cerveau. Celle-ci provoque une contracture
musculaire généralisée à prédominance unilatérale.
Un corps de chair ou de pierre?
- Appréciation de la position des pieds:
Le sujet ne doit pas regarder ses pieds.
Debout, le regard droit devant lui, on positionne son pied gauche bien droit
parallèle à l'axe antéro-postérieur de son corps (fig.8) Le pied droit est
ensuite légèrement mis en retrait arrière, mais lui aussi bien parallèle. On
demande alors au sujet de dire comment il évalue la position de ses pieds.
Parallèles: l'appréciation est bonne. En convergence:, l'appréciation est
erronée. Pour mieux connaître sa réponse, on lui demande de positionner ses
mains pour mimer la position de ses pieds. Le trouble d'appréciation est
évident. On le lui fait remarquer.

FIG. 8- Sans regarder, le sujet simule avec les mains la position supposée de
ses pieds. Malgré le parallélisme des pieds, il pense qu'ils sont en convergence
en cas de SDP.
- Limitation de la convergence tonique:
On demande au sujet de fixer la pointe d'un
stylo à bille en la rapprochant juste à la hauteur de ses yeux. Le stylo doit
être présenté oblique et non vertical ou horizontal, dans l'axe du visage.,
Déjà, vers 30 à 25 centimètres, il a tendance à fuir en portant sa tête en
arrière. Il a la sensation de trop converger. Ou bien, l'un de ses yeux
décroche, mais sans partir en divergence (à la différence de ce qui se passe
dans l'insuffisance de convergence habituelle).
- Test main-oeil
La main dominante à plat la paume vers le bas,
doigts étendus accolés sauf le pouce écarté au maximum. On trace au crayon à
bille une ligne reliant le fond de la cavité entre les métacarpiens et l'arc de
la bride cutanée reliant le pouce et l'index. Cette marque est donc
perpendiculaire à la concavité de cette bride (fig.9).
FIG. 9- Test oeil-main:
Par un mouvement en fauchage, le repère entre pouce et index doit se
superposer à l'objet visé (photo de gauche). En cas de déficience, l'impact se
décale vers l'index (photo de droite), mauvaise visée de
l'objet-cible.
On présente alors le stylo vertical à une
distance un peu moindre que la longueur du bras. Par un rapide mouvement
horizontal de fauchage, on demande au sujet de mettre en coïncidence le trait de
sa main avec le stylo. En cas de déficit, le stylo se heurte à la base de
l'index, c'est à dire à 1 ou 2 cm du trait de repère: mauvaise appréciation de
l'espace. On le fait remarquer au sujet.
- Ouverture de la bouche:
Le sujet peut rentrer dans sa bouche 2 à 3 doigts, la main horizontale dans
un plan sagittal (fig.10). On marque sur ses doigts par un trait de stylo
jusqu'où il peut les rentrer. Ce test servira de comparaison pour évaluer le
résultat après traitement qui devrait décontracter les muscles masticateurs
(fig.11). Il en va de même pour l'élévation des bras à la verticale. Elle sera
facilitée après traitement.
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FIG.10- Contraction des muscles masticateurs: Les 3 doigts
pénètrent seulement d'environ 2 phalanges. Marquer la pénétration par un
trait d'encre sur l'index. |
FIG.11- Dès le début du traitement, la bouche s'ouvre plus
grande, les doigts pénètrent plus amplement: le trait d'encre est
largement dépassé |
- Rotation de la tête:
La tête bien droite ni penchée sur le côté, ni en déflexion, on demande au
sujet de tourner la tête en rotation du cou vers l'épaule droite (fig.12). On
mesure la distance entre l'acromion et le milieu du menton. Même manoeuvre faite
en rotation vers l'épaule gauche (fig.13). On estime vers quel côté la tête peut
le moins tourner (fig.14). Le sujet sent lui-même souvent qu'il est plus limité
d'un côté et que son muscle sterno-cléido-mastoïdien est plus contracté du côté
de cette limitation.
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| FIG.12- Rotation de la tête vers la droite. On mesure la
distance acromion-menton |
FIG.13- Rotation de la tête vers la gauche. Mesure de la
distance acromion-menton. |
FIG.14- Comparaison de ces deux distances. La contraction
du sterno-cléido-mastoïdien bride la rotation de la
tête |
- Déflexion de la tête en arrière:
On fait glisser de haut en bas de chaque côté du cou ses mains jusqu'à ce
qu'elles s'arrêtent sur les muscles latéraux liant le cou à l'épaule. Puis on
demande au sujet de laisser partir sa tête en arrière. On apprécie alors la
hauteur entre le flanc de l'index de l'examinateur et l'oreille du sujet
(fig.15). D'ordinaire il y a corrélation entre le côté où cette distance est
moindre et le côté ou la tête va moins loin en rotation.

FIG.15 - Déflexion de la tête. Asymétrie bien visible: l'oreille touche le
flanc de l'index à droite, pas à gauche.
Une recherche à la portée de tout ophtalmo
En cas de SDP, on trouvera une anomalie à
chacun de ces tests, quel que soit le trouble dont le malade se
plaint. L'examen s'arrête là dans la plupart des cas.
Il a demandé quelques minutes: Aucun instrument compliqué, seulement une étude
clinique à laquelle il faut s'initier. Comme d'habitude chez un ophtalmologiste,
le sujet reste habillé. Certes, il serait bon de mieux
connaître l'appui plantaire. Mais le fait que le sujet se sente épié modifie son
attitude; et l'expérience a montré que l'on peut difficilement se fier aux
résultats de cette étude. Nous nous en servirons quand même, un peu plus tard,
pour signifier les différentes postures d'équilibre. Mais l'examen clinique
portugais n'emploie pas de plateforme stabilométrique et ne se sert pas non plus
du test de piétinement de Fukuda. C'est la grande différence entre l'école
portugaise et l'école française.
Alves da Silva O. and al.: Fusion, Visual information and Proprioceptivity.
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